Je suis présente dans de nombreuses anthologies. Une anthologie est un livre qui rassemble des poèmes écrits par des poètes différents autour d'un même thème. Parfois le poème est déjà écrit, parfois c'est une commande. On dit alors qu'on est sollicité. L'exercice est intéressant. L'éditeur à l'origine de projet peut refuser votre participation.
L’auteur traque son mot, le chasse, le déniche, le débusque, l’attrape.
Il le fixe, le triture, le malmène, l’épingle comme un papillon.
Avec des outils de destruction systématique : la grammaire, la syntaxe, l’orthographe, le dictionnaire qui a analysé, décortiqué, scalpélisé, disséqué, autopsié, classé, listé, étiqueté, le peuple des mots, l’auteur-dictateur joue avec le mot, en use à sa guise, en abuse, le viole, le barbarise, le martyrise, l’ampute, le cloue, et le tue un jour sur une feuille, par plaisir !
L’écrivain est un assassin.
Sur ton visage
Ton sexe
Ton âge
La couleur de ta peau
Tout est inscrit
Tu as ou non
une bonne tête
La colère
La maladie
La douleur
La joie
Tout se voit
Ne fais donc pas
La mauvaise tête
Et pour
Le mensonge ?
La cruauté ?
La perfidie ?
Qu'est-ce que tu en dis ?
C'est le visage
Sous le masque.
Lire les poètes
Ça me fait
Une belle tête
Ça me fait
Des bulles dans
La cervule
Ça me fait
Des mots
Dans mon cerveau
Là ?
Dans le
Cervelas ?
Oui !
Aussi !
Lire les poètes
Ça m’fait des bulles
Ça m’fait des poux
Ça m’gratte partout
Ma tête de mots
Ma tête de veau
Elle me démange
Je l’assaisonne
À toutes les sauces
En toutes saisons
J’évite
La tête de cochon !
- Qu’est-ce que tu veux mon petit ?
- Je veux grigner, gritailler, grognurer, craquendre, tuçouiller, cragnouter !
- Dis, tu veux quoi ?
- Je veux aspitouiller, sustivaler, grignartir, dégnustiller, cracagnouter, dévlariller, macrasaugner, fourchitourpir, choupinailler, machanouiller !
- Écoute bien ! Je n’y comprends rien. Qu’est-ce que tu veux ?
- Je veux mirmijoliner, marchartourniller !
- Enlève-moi ce chewing-gum de ta bouche et articule !"
- Je veux MANGER !!!
Texte repris par Lucienne Deschamps dans son récital AGAPES
J'ai appris à rouler
A Vélo
Sur un vélo de garçon.
J'étais un garçon manqué.
J'avais 7 ans.
Mon grand frère m'avait prêté
Sa bécane.
Il m'encourageait
En me tenant par la selle
Tandis qu'il courait
Derrière moi.
-Vas-y ! J'te tiens !
-C'est sûr, hein ?
-Mais oui, j'te tiens. Vas-y ! J'te tiens.
J'ai démarré
Sur un mensonge.
Anthologie poétique et cycliste coédition Touch'D'Auge et l'épi de seigle. Textes rassemblés à l'occasion du passage du Tour de France à Beaumont-en-Auge en 2006
Méditerranée
Deux serviettes
Sur un fil
Qui s’en lave
De quoi
L’eau
Les larmes
La sueur
Et le sang
Seront épongés
Dormez-en paix
Projet à l'initiative de Adrienne Arth comédienne, chanteuse et photographe, invitée par le Festival méditerranée. Bouleversée par les ruines de guerre abandonnées dans les rues de Damas, de Jérusalem ou dans les décombres de Beyrouth meurtrie, défigurée.. "Partout quelque chose se ressemble. Quelque chose de commun, d'indéfinissable, mais présent". Elle constitue un carnet de route ci-dessus cité. Elle chante en 10 langues cette méditerranée.
Dans cette anthologie elle a sollicité 18 écrivains pour qu'ils accompagnent de leurs mots ces images. Il s'agissait de choisir une photo et écrire un texte.
Éditions l'Amandier.
L'école punissait
Debout
Pour un retard
Debout
C'était la mode
Humiliation
Rimait avec
Privation
Avec
Rébellion
éditions Le Temps des Cerises
Chacun
Est
Nécessaire
L’avenir
Reste
Cloche-Merle
Demandez-le
L’idée doit
Parler
En alternance
De tricot
Every one
Is
Necessary
The future
Still
Squabbling
Ask it
The idea must be
Talk
Alternate with
Knitting
La Traductière, N° 26
À partir du tract local « J’aime Beaumont –Alliance Modernité & Tradition »Beaumont-en-Auge 2008
traduction Patrick Williamson
Sillages
Le calendrier
Six mois d’un
Côté
Griffonné au
Stylo au
Fluo
Des notes impossibles à
Déchiffrer
Parfois
Le retourner
Fin juin
Le temps à
L’arrière
Avance
L’effort de chaque
Jour
Se lever
Se mettre
Debout
Face devant
éd Soc et Foc 2009
éd Donner à Voir 2009
À l'initiative Le Printemps des poètes
par alhambra PUBLISHING
éd Rue du monde, 2005
Z
Z
est un
musicien
il fait
la
mouche
et
le
bourdon
dans
le jardin
quand
il fait bon
éd Rue du monde, 2008
Jeux
Rythmes et rires
vitesse des manèges
timing de poupées
cadences de cabrioles
bousculades à bascules
embouteillages de dragons
accidents de trottinettes
attentats à dada
drames de porcelaine
guerres de dunes
bombes de bonbons
famines ignorées
enfance protégée
éd Corps Puce 2010
Ce livre réalisé par un Collectif international de poètes, sous la houlette de Jean Foucault, se veut un témoignage du séisme de Port-au-Prince en 2010. Il rassemble dans une même voix le manque de mots et le trop de douleurs quand …en soixante secondes / les choses de la vie qui faisaient leur possible / disparaissent /C.H. Le bel objet, petit et fin dont le format s’offre à la main, s’ouvre sur la préface de madame Évelyne Trouillot Delmas comme un long poème : J’aurais voulu ne pas avoir à écrire une telle préface...Les mots n’ont jamais paru aussi vains. Jamais on n’en a eu autant besoin. 29 poètes ensuite, beaucoup d’interrogations : mon dieu les pauvres gens vais-je pas faire de la poësie sur leur douleur…. Si écrasant est leur malheur qu’aucune poësie ne peut à ce sujet-là convenir Seulement l’action !...P.J.K ; Quelle est donc cette souffrance qui s’acharne sur ma terre…G.K. Il nous fallait donc ce carnage / ces décombres / cette colère de terre sombre / pour nous ouvrir le regard. R.N. Pour l’avenir ? Entre les pierres / L’herbe repousse. / Et l’homme ? J.H. Effondré, mais debout. G.K. Puisse-t-il le rester.
Plusieurs illustrateurs ont envoyé des dessins. Les plus saisissants sont sans doute les gravures de Brigitte Dusserre-Bresson. On y voit dans des tonalités de gris clair, de violine proche du marron avec quelques rehauts de bleu foncé et un peu de roses, des visages d’enfants, bouche ouverte (chantent-ils encore ?). Certains ont les yeux fermés. L’artiste dit : je participe de ce qui bruit, s’agite, émeut ici et ailleurs. Les reproductions de belles qualités laissent apparaître le grain du papier. L’ensemble est d’une belle harmonie.
Anthologie des poètes normands du XIè siècle à nos jours
éd Clarisse 2010
Riverains
Étranges
Ces visages-cailloux
Sur les plages
Les cassures
Les ombres
Ces trous
Donnent
Un air
De joie
De terreur
Souvent
La
Bouche
Pleine grande ouverte
Le
Rictus
L’œil exorbité
Les
Pommettes saillantes
Me troublent
Je ne vois
Que des âmes
L’estran
site de La Toile de l’Un, 2010
Blonville-sur-Mer, Calvados, 25 octobre 2010, 17H
Bande de sable que la mer libère en son retrait
L’estran.
Union de l’immense et de l’intime l’eau sculpte le paysage sublime.
Ça bouge, ça vit, ça coule, rien n’échappe tout subit, tout est pris.
Courbes et creux se dessinent dans le sombre et l’éclat.
Les roches émergent en ocres déclinés de brun relevés de mauve et de rose.
Le soleil appuie les contrastes.
Le creux se fait mica bleu ainsi la plume du geai.
Au loin sur l’azur bleuté les nuages prennent la pause
Et le ciel en chapeau fixe le ravissement
Jusqu’à l’extase.
éd Transignum, 2010
livre d’artistes
Wanda Mihuleac en réponse à la question de Linda Maria Baros :
"Voiler et/ou dévoiler, quel serait le juste milieu de cette démarche artistico-poétique ?"
Wanda Mihuleac: Le voile peut cacher ou bien mettre en lumière une certaine audace. Le nu peut-être plus pudique qu’une burqa. En tout cas, l’acte artistique est toujours une violente entreprise de mise à nu. C’est ce que fait l’artiste grâce à sa toile multiforme, tantôt classique, tantôt représentée par un volant, un jabot ou bien un jupon. En cela, il ressemble à l’écrivain qui, lui aussi, se met à nu sur sa feuille blanche. Je crois que les vers « Quand il enfile des robes/Je me dérobe » de Dan Bouchery illustrent très bien cette problématique !
éd Le Temps des Cerises, 2010
Et si rouge n'existait pas
Rouge
Est en colère
Perché sur ses talons
Hauts
Rouges et hauts
Il veut qu’on le regarde
Il crie
Il hurle
Il s’essouffle
Sur les cerises et
Les tomates
Le vert
Tarde trop
À lui laisser
Sa place
Il s’énerve et
Nous agace
Par plaisir
éd Le Temps des cerises, 2011
Tous
Dans la même rue
Dans une rue pentue
Nous sommes entraînés
Certains dérapent
Trébuchent
Quelques-uns s’échappent
Au-delà de leurs rêves
Ils suivent les papillons
Tandis que d’autres surveillent
Les tas de leur fortune
La lune n’est pas à vendre
Dites-leur
Qu’il faut compter en croches
Et double croches
Pour mieux s’accrocher
Aux jours qui s’enfuient
Seule
L’horloge du temps
Applaudit
Biennale
La poule
En me grattant devant ma fenêtre
J’ai aperçu une poule dans le jardin
Qui s’est mise à gratter le terrain
Elle n’a rien tiré ce n’était pas un jeu
Elle a fini par faire un trou
Au fond il n’y avait rien
Au fond je m’en fichais bien
Ce qui me plaisait c’était de voir
Que la poule m’imitait
Ah ! Les mites quand elles s’en mêlent !
Maison de la poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, 2011
éd Les Tas de Mots
- Qui a vu un poussin rose paille ?
- Moi, un ! Moi, deux ! Moi, trois !
- Et toi ?
- Ma foi, dit le coq
C’est une chose curieuse
Qui n’existait pas autrefois.
Chaque poulette,
Depuis quelques temps,
Pond des œufs plus gros, plus costauds
Et sans qu’on sache pourquoi
Les plumes ne poussent pas.
Leur mère,
Comme de vraies mères-poules,
Leur tricotent un petit pull-over
Avec quelques brins de paille.
On distingue à travers les mailles
La chair tendre et rose des petits.
Le fermier se frotte les mains.
Plus besoin de plumer les volailles
Elles sont prêtes à passer au four.
Gain de temps ! Gain de place !
Le nouveau maïs a du bon !
Anthologie franco-portugaise, éd Corps Puce
Vu d’ici
J’habite le passé. Ma fenêtre donne sur une carte postale, maisons à colombages, couleurs vives altérées par le temps. Vit-on ici ? Mystère ! On passe, on trépasse. L’horloge paraît-il s’est arrêtée à l’heure du Conquérant*. L’Abbaye nous rappelle à sa présence. Je suis dans le périmètre protégé ! Attention ! Ne pas déranger ! Les murs ont des oreilles ! Soyez prudents ! Par grand vent, les poules ont des dents !
*Guillaume Le Conquérant
Beaumont-en-Auge Calvados
Anthologie, éd Donner À Voir
Qu’il soit soigné, abandonné, massacré,
Naturel ou ordonné
Chaque jardin tend un miroir à son jardinier.
Les plantes ne se nourrissent pas
Que d’eau et de soleil,
Coups de binette ou de sarcloir.
Tous les végétaux ont besoin de regard
Pour grandir
Et d’amour pour rayonner.
Çà et là, les mauvaises herbes
Rappellent à l’homme sa juste place.
Ces petites résistantes agaçantes
Apportent une touche de désordre utile
À sa suprématie.
éd Donner À Voir
Ce poème figure près de son arbre, dans le circuit de découvertes d’Arbres remarquables, au Rond-Point Imagix, de Tournai (B)
Sapin du Colorado
Colorado !
Ce mot évoque la puissance,
La démesure de l’Amérique.
C’est un nom de rêve, d’aventure et d’or !
Déporté,
Seul,
Au milieu d’autres espèces,
Tu as grandi ici,
À Tournai.
Je te découvre,
Toi, l’exilé,
Tout bancal,
Tout penché,
Comme si tu te laissais aller.
Est-ce la nostalgie des forêts qui te courbe ?
L’ignorance de cette langue étrangère qui te désespère
Ou la peur de te réveiller un soir de Noël
Tout couvert de guirlandes ?
éd Corps Puce
Quand la Barbarie
Eut enfin pris Possession
Du Monde dans sa Totalité
Quand elle eut Craché
Ses Dernières Volontés
Que les poètes soient exterminés
Et leurs livres tous brûlés
La Terre se mit debout
Mais il paraît qu’elle est ronde
Cela ne se peut
Debout
Pour ne plus courber l’échine
Debout
Pour ne plus baisser la tête
Elle hurla à réveiller le silence
Elle hurla à briser les cailloux
Que chaque goutte de pluie
Que chaque souffle de vent
Remplissent l’air de murmures
Il suffirait d’un mot
Un seul
Il suffirait de le planter
Il suffirait de patienter
Qu’il fasse des petits
Qu’ils dessinent un ruisseau
Qu’ils découpent un bateau et voguent
Ce mot
Le connais-tu
La girouette a la bougeotte !
Voyez comme elle est fière,
Toujours le nez en l’air !
Elle cherche le vent.
Sans lui, elle s’ennuie !
Il la fait pivoter,
À son gré,
Il la fait rire
Par tous les temps,
Temps arrière, temps devant,
Sans jamais se lasser !
Un jour de grande tempête
Elle a perdu la tête !
Personne ne l’a retrouvée !
Elle s’était envolée
Jusqu’en haut
Du clocher et depuis,
Elle a la bougeotte,
Toujours le nez en l’air,
Toujours faisant sa fière
En accueillant le vent !
Si les yeux peuvent se fermer
Les oreilles se boucher
Les paroles se bâillonner
Rien jamais
Ne pourra enchaîner la Liberté
Vos chairs se recousent
Vos fractures se resoudent
Vos cœurs se fortifient à l’unisson
Des nôtres
Qui battent pour toi
Digne peuple d’Ukraine.
Poète, j'ai l'amour des mots, l'amour des livres, plus ou moins beaux, même salis.
Dans ma maison les livres sont rois. Ils occupent une place de choix. Je capte leur profondeur, leur force, leur silence.
Quelque chose d'invisible circule.
La perfection se réalise lorsqu'un éditeur, typographe de surcroît, s'empare d'un texte pour le magnifier dans un écrin rare. Le choix des matières, celui des caractères, l'espace alloué aux mots pour qu'ils se sentent à l'aise, le soin apporté à la reliure pour résister au temps demandent une sensibilité particulière proche du travail d'un orfèvre.