Les images produites lors du Land Art sont le résultat d'une construction à partir de déplacements de certains éléments naturels trouvés sur un lieu donné et rien d'autre. Cette activité plaît beaucoup aux enfants, plus imaginatifs naturellement que les adultes en général. Pratiquée par une classe d'enfants de primaire elle peut donner lieu à des interprétations qui habilement conjuguées finiront en histoire. Les enfants qui ont créé eux-mêmes leur personnage s'intéressent vraiment à l'élaboration de leur histoire. C'est un bon déclencheur. Personnellement c'est au cours d'un week-end Plein Air proposé par l'ARIAP de Lille à Rieulay (Nord) que j'ai découvert cette activité.
Rieulay mine de rien
Alors ils sont venus
Fouiller creuser écarter piocher prendre
Et le temps s’est arrêté
Elle a crié
Et puis elle a laissé faire passivement
Jusqu’à mourir à elle-même
Jusqu’au tréfonds du plus noir de l’espoir.
Le jour a disparu tout est devenu NOIR NOIR NOIR
Et la conscience et les idées et la poussière et les rochers.
À Rieulay la mort ici a trouvé son domaine
Plus rien à retourner tout a été fouillé.
RÉPARATION
On ne peut pas laisser un tel lieu violé
Par le pouvoir de l’homme et sa cupidité
Et pour son intérêt…
Alors ils sont venus les autres réapprendre à la Terre
Qu’il est doux d’être aimée caressée réchauffée.
Le soleil et le vent bien mieux que des amants
Ont gagné peu à peu la confiance des collines et des creux.
Des pousses par endroit ont coloré la terre
Fins duvets de nature éblouie de lumière.
Le mystère de la vie à remis des oiseaux et des nids
Et des arbres aussi pour qu’ils puissent y nicher
En paix
Et puis l’eau aussi est venue comme un début de monde
Apportant avec elle grenouilles et poissons reflets et papillons.
Le sourire de l’homme y a mis ses couleurs
Le son pour le murmure, la vie pour le bonheur.
LAND - ART
Quelques-unes de mes réalisations pour le plaisir. Difficile de leur donner un titre. Juste pour les différencier.
Land art et écriture avec des classes. C'est une activité que j'ai pratiquée avec des classes de primaire en 3 rencontres. VOIR page avec le public
Christ aux pieds nus.
(Shoes Art)
Démarche originale et forte – l’œuvre d’art n’est-elle pas ce qui nous surprend, nous jette hors des sentiers battus ? – cette réalisation de Dan Bouchery nous donne à voir l’EXCLUSION, la misère, l’universelle errance, démesurée, envahissante, démultipliée par la crise actuelle. Interminable pèlerinage humain. Autour de nous. En nous.
Point de départ : c’est d’abord en demandant au passant anonyme l’une de ses chaussures, dans un parc de Paris, en 2005, que le projet a démarré. En 2008, ce projet a évolué et c’est avec des chaussures trouvées et rassemblées par cinq (comme une petite famille ?) que Dan décore son premier site. Elle installe cette collecte en guise de fleurs au pied d’un calvaire, puis photographie. Les installations restent sur place. Neuf calvaires à ce jour, de Basse-Normandie et de Vendée, ont accueilli ses installations. Chaussures trouées, symbole des exclus. Chaussures-prières, offrande des presque va-nu-pieds. Prières de demande. Prières de pardon. Cris d’angoisse et de supplication. Cris de révolte et de questionnement. Parfois cris de confiance aussi.
À partir d’une sensibilité frémissante ouverte aux autres et sur le monde, à partir d’une grande souffrance personnelle, Dan Bouchery nous conduit à mieux prendre conscience que nous sommes tous, de manière ou d’autre, à tel ou tel moment de notre vie, les exclus de quelque chose ou de quelqu’un.
Ce qui nous frappe d’emblée, dans ces installations, ces photos, c’est la très grande empathie de l’artiste. Empathie : faculté de se projeter sur un mode cosmique où non seulement l’humain mais l’animal notre frère et même l’humble végétal subit l’inégalité, l’exclusion. Telle, l’herbe folle, l’herbe sans nom, exclue de l’aristocratique herbier.
Au pied de la croix, des souliers... Souliers de toutes sortes : grosses chaussures de marche. Très usagées. Tongs. Très usagées. Charentaises. Très usagées. Ballerines. Très usagées. Sabots. Très usagés... Souliers de pauvres. Pieds meurtris. Pieds souillés. De poussière, de boue, de fatigue et de larmes. Pieds usés de nos angoisses et de nos doutes. Souliers-visages de la misère. Souliers percés : trous, déchirures de l’exclusion. Douleurs de toute vie. Celle de Dan. La nôtre aussi. Dan nous invite à ressentir avec elle. À com-patir au sens profond du verbe – et de toute passion – « souffrir avec ».
Douze poèmes accompagnent Christ aux pieds nus. Douze poèmes comme les douze apôtres : dans un monde de plus en plus divisé, compartimenté, réglé, trié... court à travers ces textes le fil d’or de la révolte contre une société impitoyable plaçant – tel Charlemagne ! – les bons à sa droite, les mauvais à sa gauche, se réservant ce qui lui est utile, mettant au rebut, vouant à l’exclusion, à l’oubli, à la mort tout ce qui ose déplaire : handicapés, S.D.F., eau « usée »... « Les pauvres, les impuissants, les indigents, les inutiles ».
Démarche d’indignation, ardente et lumineuse dont la simplicité, la naïveté voulue fait toute la force.
Oui, Dan Bouchery nous donne ici un témoignage puissant. Merci à elle.
Jacqueline Held