J'ai collaboré à de nombreuses revues, soit pour des articles, soit pour des illustrations. Ce sont toutes des revues de qualité qui méritent de figurer et de durer dans toutes les bibliothèques municipales.
COMME EN POÉSIE
ICI É LÀ
RETRO-VISEUR
CAIRNS
LA FEUILLUE
L'ÉDUCATION ENFANTINE
PLUS CON TU MEURS
Page 4 verso
Publicité tapageuse quand elle se vente.
Installation La publicité vue de loin
Petite par son format : 13X20, petite en épaisseur, mais grande par sa portée et son but : faire entrer la poésie dans les écoles. Petite par son prix. Cibler les enfants ne veut pas dire se limiter à eux car un bon poème doit être aussi bon pour les adultes.
L’appel à candidature avec un thème fédérateur souvent proche de celui du Printemps des poètes permet une création adaptée au jeune public.
Abonnement pour 2 numéros 12 €
www.patrick-joquel.com
L'autre moi
J’ai un nom, un corps, une tête,
Un visage que j’interroge tous les matins,
Dans le miroir,
C’est bien moi ? Vraiment MOI ?
Je ne sais pas. Je n’ai pas d’identité.
J’emprunte celle qu’on m’a donnée.
Mon identité ? Je la cherche.
Je me cherche quand je crée quand j’écris.
J’existe dans l’amour ou plutôt je m’y perds et
Je touche à l’Autre monde d’où je viens.
Au passage, je remarque que « viens » commence par vie.
Je souris.
Ce Moi, étrange familier, je l’approche, le désire,
Mais
Ne le contiens
Jamais !
Harassante, incessante
Quête :
J’ai besoin de ce Moi,
Dont je suis amputée,
De le sentir vibrer,
De savoir
Qu’il existe
Sans jamais
L’apprivoiser.
Qu’il est dur d’être l’enfant
Que personne ne soutient
Que nul ne console
Des rigueurs de la vie
Qu’il est dur de grandir
Sous les ordres et les choix
Qui ne sont pas les siens
Qu’il est dur d’être seul
Avec la peur du noir
Obligé de dormir
Quand le sommeil s’attarde
Qu’il est dur de n’être pas
L’enfant sage
Rêvé
Cette voix, cette voix,
Quelle est-elle ?
Tantôt tendre tantôt rebelle
Elle naît en moi à mon insu
Me dérange, me bouscule
M’oblige, m’entraîne.
Je suis sa proie.
Si je la cherche, elle se cache.
Si je la tiens, elle s’esquive !
Impossible capture !
Elle s’enfuit, disparaît,
Revient dans le silence
Et me contraint.
Quand je l’ignore, elle m’appelle,
Insiste, me harcèle.
Cette voix qui me traverse
Jamais ne me trahit,
Elle épouse mes humeurs,
Emprunte ma main,
Lui dicte ses mots.
Elle joue, se transforme
Mais c’est toujours la même
C’est la voix du poème.
La poésie
Indisciplinée,
Nul ne peut la tenir en son pouvoir,
Seulement la sentir, la deviner
Sans jamais la retenir enfermée dans Une seule forme.
Elle est comme l’air, fluide impalpable,
Indispensable pourtant.
Elle se glisse dans les marges, loin des enfants sages
Qui répètent brillamment ce qu’ils ont appris savamment.
Elle invente, s’amuse et joue à titiller le sens commun.
La liberté lui donne la main,
L’encourage à tenir tête aux idées reçues.
Ensemble, elles soufflent la révolte
Contre tous les carcans qui emprisonnent l’esprit,
Créent le désordre, ouvrent des voies nouvelles.
Les âmes sensibles vibrent à cet appel.
Un souffle neuf traque les failles, les traverse,
Circule dans tous les arts, s’invite sans carton,
Trouble, provoque, exige un travail de forçat
À ceux qui sont choisis.
Une jeune pousse
Dans un même pot,
À côté d’une plante verte
Apparut une pousse minuscule
Qui prit vigueur.
Plus tard une feuille,
Une seule feuille s’ouvrit
Et me dit :
Je suis un marronnier
Tout petit
Tout petit,
Laisse-moi en vie !
Plusieurs années
Je l’ai gardé.
Il se plaisait dans ma cuisine,
Je me plaisais à ses côtés.
Pourtant,
Je l’ai confié à un ami
Pour qu’il croisse
Parmi les corbeaux.
Chargés
D’énergie,
D’émotion,
Certains mots me font
Frissonner.
L’ardeur bouscule les richesses
De l’âme
Et l’exalte
Jusqu’à l’incandescence.
En short, en survêtement
Par tous les temps
Il court, galope, saute, s’essouffle
Se repose et reprend.
Oui le poète est un coureur de fond.
La poésie lui donne du souffle.
Il vole,
Il rêve en deltaplane, en parapente
Sur les ailes du vent !
S’il chute ou déraille, l’humour le sauve
Car s’il ne cherche ni les médailles
Ni les prix ni les concours
Il ne veut pas perdre sa place
Dans la compétition.
D’emblée tu la remarques.
Elle jaillit du quotidien,
Arrête la course folle,
Ou secoue la torpeur.
Soudain
La beauté te ravit à toi-même.
Elle te sidère, elle te fascine,
Tu la sens, la ressens,
C’est l’absolu qui te possède,
Te coupe le souffle.
Elle aiguise tes sens.
Elle est musique, elle est chant, elle est voix,
Elle est peinture, elle est visage,
Elle est image.
Convulsive ou non
La beauté te frappe.
Marron
Tout rond tout rond
Tourne tourne
Dans ma main
ET
Fait des bonds !
Des bons bonds ?
Des bonbons !
Il saute
Et
Rebondit !
Il est parti
Si haut là-bas
Qu’il reviendra
En chocolat !
Bleu
Je veux !
Partout,
Dans le ciel,
Dans la mer,
Dans mon bain,
Le matin
Sur mon pain !
Demain,
Je mangerai
De la confiture
BLEUE !
Poussée je suis poussée
Une force surgie
De profondeurs obscures
Un tremblement un grondement terrifiant
M’arrachent à la terre
Poussée je suis poussée
Je brise la croûte qui m’enfermait
Je suis matière en irruption
Je m’irrupte je m’invente
Plus vite que le vent je traverse l’air
Tout saute tout explose
Ça gicle ça siffle
Poussée
Je me lève je me dresse
Face au cataclysme
Qui me fonde
La liberté définit
Le travail de l’artiste.
Il se veut différent
Loin des apprentissages,
Loin de la séduction.
Être soi en dépit des autres
Reste son ultime volonté.
Vous la trouverez dans votre boîte aux lettres, gratuitement. Son numéro 48 correspondant au printemps 2024 est diffusé à 150 exemplaires, toujours avec son ISSN (déclaration légale).
Les poèmes sélectionnés par Denis ont été écrits au cours d'ateliers d'écriture par des collégiens, des lycéens ou des participants à des Clubs de poètes ou des résidents de foyers divers. Il fait palpiter les coeurs et les plumes en toute humilité mais avec une fidélité sans failles.
Quand on l’a découvert
À la porte de l’orphelinat,
Le nez, les joues et les doigts
Rougis par le froid,
Il portait déjà
Une longue barbe blanche,
Un bonnet rouge tricoté à la main
Et des bottes de cuir couleur carmin.
Sans hésiter on l’a nommé
Père Noël à perpétuité.
Depuis, il dépose chaque année
À qui des joujoux,
À qui des cailloux
Dans les petits souliers.
La feuillue d'hiver N°4
Connaissez-vous Denis Parmain
C’est un mec bien
Il a deux nids avec des œufs
Oui mais aussi deux nids par main
Dans chaque main
Autant dire quatre nids
Cela fait deux Nini
Il en cherche une justement
Mais pas seulement
Car dans chaque nid on trouve deux œufs
Car il est bien monté ce Denis-là
Si on compte bien cela lui fait
Quatre nids à deux œufs
Huit œufs mon capitaine
De quoi faire une belle omelette
Baveuse à souhait
Je ne vous dis que ça
Avec huit œufs il a appris à
Marcher sur des œufs
Sans faire l’omelette
Car Denis, ce Denis-là
Est un homme un vrai
Un tatoué de Haute cour
Garanti bio
Élevage en plein air
Il ne manquera jamais d’air
Feuillue printanière
- Debout l’dans c’est le printemps,
- Dame Nature jamais n’attend !
Tous les bourgeons en un seul bond
Sont prêts à s’ouvrir, à s’ouvrir, à s’ouvrir…
-Ils ne font que cela, cela ne m’intéresse pas !
Petit bourgeon dans son coin fait de l’opposition.
Il refuse de quitter son cocon.
- Les oiseaux zazouillent,
Les abeilles souçouillent
Les guêpes piquouillent
Non ! Non ! Je ne sortirai pas !
- Il se prend pour un escargot !
- Non pour une bernique !
- C’est un mauvais soldat
Il ne veut pas marcher au pas !
- Marcher au pas ? Comme si j’avais des jambes et des bras !
- C’est aussi dans la tête qu’on n’avance pas !
Tête de mule ! Tête de veau !
Je comprends qu’un escargot à tête de mule à tête de veau
Ne puisse pas marcher au pas
Même quand il a des jambes et des bras !
Reste au lit mal dégourdi !
Nous fêterons sans toi l’entrée du Printemps
Comme le sacre d’un roi !
- Alors quoi ? C’est la fête ?
Fallait m’le dire
Attendez-moi !
La Feuillue de Denis Parmain N°2
Février an 2000
La neige rose
Assise à sa petite table de classe, Margot se répétait
- Mais si ! Je l’ai vue et même bien vue cette neige rose !
Personne dans cette classe unique de village, n’avait voulu la croire. Elle était pourtant restée un long moment en admiration devant cette neige rose, sans toutefois quitter le bord de la route comme le lui avait bien recommandé son papa. Après elle avait couru de toutes ses forces, bien qu’en montagne, cela ne soit guère facile. C’est donc tout ébouriffée et tout essoufflée qu’elle avait fait, juste avant la sonnerie, une rentrée très remarquée dans la cour de récréation. À peine le temps d’expliquer à ses copines et aux autres son étonnante découverte que déjà les enfants se mettaient en rangs.
- Silence ! cria Mme Voitey, l’institutrice.
Évidemment la conversation ne s’arrêta pas. La curiosité était trop forte !
- C’est pas possible ! murmura sa meilleure copine.
- Zut, alors ! pensa Margot. Si Violette m’abandonne, qui me croira ?
- Elle ment pour se rendre intéressante, affirmait Marie-Jeanne, la première de la classe qui ne supportait pas qu’on lui prenne le rôle de vedette.
- Taisez-vous là-bas ! s’exclama la maîtresse. Décidément, je ne sais pas ce que vous avez aujourd’hui. La neige sans doute.
Madame Voitey ne croyait pas si bien dire. La première neige venait de tomber. Tout le monde était énervé, la classe était en effervescence.
Pourtant Margot demeurait dans son rêve. À travers les lignes de son livre de lecture Margot, qui apprenait à lire, courait dans cette neige rose apparue le matin même. Elle sautait pour attraper les flocons duveteux, avant même qu’ils ne touchent terre.
- Qu’il est beau celui-là ! On dirait de la barbe à papa ! Qu’il doit être bon !
Et de fait, Margot semblait mâchonner la délicieuse friandise.
- Margot, arrête-toi ! lui fit observer Mme Voitey.
Mais Margot n’entendait pas.
- Ce flocon-ci ressemble à une boule de glace à la fraise ! s’extasiait Margot avec un air gourmand.
- Elle portait les mains à la bouche et, les yeux tendrement posés sur ses doigts, commençait à lécher la paume de ses mains.
- On n’est pas à table ! Margot, arrête-toi ! répétait de plus belle l’institutrice qui avait bien remarqué l’agitation inhabituelle de son élève.
Mais Margot n’entendait toujours pas !
Quand la petite fille commença à se frotter les mains, les bras, le visage et les jambes, Mme Voitey l’arrêta tout net en tapant sur la table. Elle s’écria :
- Ça suffit ! On n’est tout de même pas au cirque ! Eh bien Margot, qu’est-ce qui t’arrive ?
- Ah ! Madame, ils sont si doux ces flocons roses, comme des savons parfumés à la rose ! Voyez comme ils moussent ! répondit Margot qui se croyait dans son bain.
Sa réponse à voix haute, accompagnée d’un éclat de rire général, sortit l’enfant de sa rêverie.
- Excusez-moi, Madame, répliqua la petite fille, rouge de confusion.
Margot garda les yeux baissés. Elle évita les visages moqueurs des autres enfants et resta, jusqu’à la fin de l’étude, le nez sur son travail.
Une fois rentrée à la maison, elle attendit avec impatience le retour de son frère Thibaut. Celui-ci regrettait de ne pas pouvoir l’accompagner à l’école. Aussi, lorsque les deux enfants se retrouvaient le soir, ils n’en finissaient pas de se raconter leurs histoires.
Cette fois-ci, pour une belle histoire, elle en tenait une belle !
À peine la porte de la maison s’ouvrait-elle que déjà Margot racontait à son aîné son incroyable découverte :
- Rose, c’est vrai ! Je t’assure, la neige était rose ! C’était beau, comme dans un livre ! Mes copines de classe ne m’ont pas crue. Elles se sont toutes moqué de moi. J’y ai tellement pensé pendant la classe que j’ai rêvé que j’y étais, dans cette neige rose, que je courais dedans, et même, je sautais pour attraper les jolis flocons roses.
Margot ne pouvait plus s’arrêter. Elle riait toute seule et n’avait pas remarqué le visage figé de son frère qui, lui, ne riait pas. Il l’interrompit :
- Ma pucette, (jamais il ne l’appelait Margot comme les autres enfants). Il lui avait donné un petit mot à lui, rien que pour eux deux) ma pucette, ton histoire est très belle. J’ai bien envie d’aller voir. On ne sait jamais, il pourrait reneiger.
Sans plus attendre Thibaut repartit dans la montagne enneigée. Remettre ses chaussures, ses gants et son bonnet mouillés ne lui avait pas été agréable, mais pour sa petite sœur, que n’aurait-il pas fait ?
Il se dirigea d’un pas rapide sur le chemin de l’école. La nuit commençait à tomber. Le ciel était clair.
Tandis qu’il marchait il repensait au récit de Margot. Bien sûr parfois elle racontait des petits mensonges, qui n’en étaient pas vraiment, car elle y croyait sincèrement. Mais pour cette fois, elle paraissait dire la vérité.
Il trouva facilement l’endroit indiqué par Margot.
- C’est vrai ! C’est magnifique !
Émerveillé comme l’avait été sa sœur, il fut un court instant saisi par l’éblouissement : une jolie tache rose, comme une fleur sur un tapis de mousse blanche, ressortait avec douceur sous la voûte bleuissante du ciel. Un éclat de lune blafard ajoutait à ce tableau des reflets métalliques.
Bien vite, Thibaut se ressaisit.
- Quand même, cette neige rose, c’est quoi ?
Il s’avança vers le centre de la fleur, au niveau du cœur. *Là, dans un léger creux gisait une forme. En s’approchant, malgré l’obscurité, il découvrit un tonneau de peinture dont le couvercle avait éclaté.
La veille au soir le père de Thibaut était rentré tout choqué :
-Un camion, sur la route, il a dérapé à cause du verglas, juste à l’entrée du village. Par chance le chauffeur a su éviter l’accident. Il a perdu de la marchandise dans le virage.
- De la peinture, c’est de la peinture rose ! s’exclama Thibaut. Ce tonneau a dû rouler jusqu’ici et heurter violemment un rocher. La peinture a déposé une fine pellicule sur la glace, comme un glacis sur un gâteau. C’est magnifique, vraiment !
En rentrant chez lui, Thibaut se demandait ce qu’il dirait à sa sœur.
-Comment faire pour ne pas détruire l’émerveillement de Margot ?
Dès qu’il arriva, il s’aperçut de l’attente de la petite fille ;
- - Alors, tu l’as vue, cette neige rose ?
- -Oui ! Je l’ai vue, à l’endroit exact que tu m’as indiqué, répliqua le garçon.
Margot ne demanda rien d’autre. Elle se contenta d’applaudir. N’étant pas interrogé sur les causes de cette neige rose, Thibaut ne dit rien de plus. Il garda pour lui l’explication. Quant à Margot, elle croit toujours qu’il existe quelque part, dans la nature un coin merveilleux, un peu plus beau que les autres, où la neige est rose.
En réalité ma version :
*Là, dans un léger creux gisait une petite forme. En s’approchant Thibaut avait découvert un lapin mort dont la blessure avait teinté de rose la neige environnante. C’était triste et presque beau à la fois.
L’animal paraissait dormir dans un petit lit rose, comme si la nature l’avait délicatement enveloppé au moment de mourir. Thibaut n’eut pas le courage d’avouer la vérité à sa petite sœur. Il ne voulut pas lui gâcher sa joie. La vérité n’aurait pas rendu la vie au lapin, mais elle aurait détruit le rêve de Margot. Il enfouit le lapin plus loin, sous un tas de branchages, là où Margot n’irait pas le découvrir. Mais, parce qu’il ne voulait pas mentir à sa jeune sœur, au retour, il se contenta de parler de la beauté des couleurs. Il s’abstint de tout raconter, il laissa le lapin dans sa cachette et Margot à son rêve.
*indique les 2 versions de la fin du conte, d'abord celle que j'ai refaite et qui a été publiée, la seconde est celle que j'avais écrite et qui fut refusée.