TABLE DES MATIÈRES
Un parcours de création, de rencontre, d’amitié, d’audace aussi. Chaque page contient un moment de vie, pris, repris, saisi sur le vif ou laissé en maturation. Quelques textes figurent dans des anthologies. Ils se sont réunis contre l’exclusion. Les photographies gardent l’instant des installations. Simultanément à l’écriture, ils balisent un cheminement d’artiste, discret, profond loin du tape-à-l’œil et de l’opportunisme.
Extraits:
"Il est mort/Il ne tient pas debout/Peu importe/Dans le lot/Serré contre les/Autres/Il tiendra/...Forcément/Il tiendra"
"Le bonheur/Est-il/Indécent"
Note de Claude Held:
"Les images et les mots s'interpellent naturellement.
C'est dépouillé, dénudé, pour nous, avec nous.
En cette période pré-électorale où l'on entend de gros sabots sur la route,
tes pas se font légers - ils traversent les trous de la vie.
Merci d'avoir associé mon nom à l'herbe, à ce rien qui pousse et qui nous pousse à être.
Plaisir aussi de voir que Christ aux pieds nus a les honneurs de la Toile de l'Un.
Cela est un encouragement à continuer."
Note d'Alain Boudet, La toile de l'Un:
"Ce livre regroupe 12 poèmes et 12 photographies d'installations mises en place par Dan Bouchery en Normandie et en Vendée. Il y a dans ces réalisations l'expression d'un cri. L'expression d'une souffrance qui marche, comme sur un chemin de Croix. Ce qui les porte et les fonde, c'est une puissante empathie pour tout ce(ux) qui souffrent, ceux dont les existences sont gommées, les sourires effacés, les visages laminés. Des installations éphémères pour une parole posée avec force et qui, elle, monte et demeure."
Extrait d’un courrier de Claude Held:
"Nous recevons aujourd’hui Les Éphémères ; j’ai lu d’une traite, pris dans les paysages marins, dans les paysages d’enfance, et passant du passé au présent dans un rythme de lignes très courtes comme des vagues qui nous tiendraient, qui nous retiendraient en haleine. Tu nous dis : « Petite / J’aimais à traîner / Seule / Sur la route » et, ce n’est pas le moindre des paradoxes, ce faisant, tu n’es plus seule ; le lecteur est auprès de toi, il t’accompagne tout naturellement avec sa sensibilité mise en éveil – et il te remercie de cet éveil…"
Note de Odile Bonneel pour interCDI janvier 2010:
"Mer-Souvenirs-Enfance. Pages de gauche : évocations profondément originales ou vécues de la mer, la mer et le promeneur comme un canevas qui se tisse, parcourir la plage dans la tranquillité de l’hiver, regarder un homme qui joue avec son chien : « je saisis / ce bonheur / au passage ». A noter deux excellents poèmes sur les bonbons et leur habillage sonore. Pages de droite : les souvenirs d’enfance, le trajet de la maison à l’école : « Le temps / M’appartenait / J’étais hors d’atteinte / De toute discipline / Je découvrais le rêve », les sorties le dimanche en voiture, une certaine violence du père et dureté de la mère…Les peintures d’Anne Lamali relient la page de gauche à la page de droite avec des fluides, des portraits féminins ou de couples. (www.anne-lamali.com).
Un très beau livre émouvant dans sa sincérité. Dan Bouchery, écorchée, fait remonter du fond de son être toute sa sensibilité. Sa fragilité, sa beauté nous émeuvent. Collège et lycée."
De Vénus Khoury-Ghata:
"Quel joli livre. Tu as ton écriture à toi, celle des enfants qui ont gardé plus que leur âge devenus plus hauts que leur cartable et qui savent compter le pouls des mots.
Bravo pour ce nouveau-né et de l’écrin somptueux qui le protège."
Alain Boudet / La toile de l’un:
"Dans ce livre qui dit "Je", nous allons à la rencontre d'une gravité qui, d'emblée, fait mouche : on est touché par ce va et vient que tissent les fils de la mémoire et ceux du quotidien revisité. On sent bien qu'il y a là, dans la trame, une fragilité qui tient le coup en partie grâce à la parole investie. La typographie soutient ces deux pans de l'histoire personnelle de Dan Bouchery : l'italique pour évoquer l'enfance, ses essentielles fêlures, ses blessures jamais totalement cicatrisées, ses marques sur la peau de la mémoire. Le caractère droit pour dire l'aujourd'hui, seuls textes où l'on rencontre des petits bonheurs qui, comme un parfum, savent doucement occuper la place.
Voilà un livre d'exorcisme salutaire dans lequel on est en partage d'humanité. Et c'est heureux, finalement."
Jacmo, Décharge N° 144 décembre 2009:
"Dan Bouchery donne en vis-à-vis deux séries de poèmes qui se complètent et se nourrissent l’une de l’autre. D’un côté, ce qu’on pourrait appeler des marines avec des poèmes littoraux où l’observation prime avec la méditation du marcheur sur le sable. De l’autre, des souvenirs de l’enfance où la mère pour faire le pont avec les pages de gauche pince ses enfants tel un crabe. Donc ce n’était pas tout rose dans la jeunesse de Dan Bouchery qui rappelle surtout tous les souvenirs cuisants de fautes, de punitions et de placard sordide et effrayant. Les éphémères ne durent pas mais ils ne s’effacent guère et la mémoire les recouvre intacts dans leur sensation piquante. On a un peu d’humour ici en face de la cruauté là. Les peintures d’Anne Lamali sont superbes, la réalisation du livre parfaite. Occasion de célébrer les 30 ans de l’édition associative Soc & Foc qui sort également une anthologie pour ce faire avec auteurs (Baglin, Chatard, Guigou, Guilbaud, Nadaus, Quinta, Renard, Touzeil...) et artistes (Goux, Gallino, Sofie Vinet, Burneau...) ayant participé à l’aventure trentenaire que j’ai toujours connue et dont j’ai souvent rendu compte."
Patrick Joquel:
"Éphémères comme ces instants saisis au vol du regard. Ces lumières. Ces sensations. Ces ombres. Ces objets. Ce quotidien discret de la beauté. De la bonté. Le poème comme un arrêt sur image et une ouverture du réel vers l’intérieur de soi-même, vers un imaginaire. Histoire de recréer un monde plus visible. Plus vivable. La plupart de ces moments de grâce, Dan Bouchery les a cueillis sur la plage. Ces longues et immenses plages de sable normande… Ils font un joli contrepoids aux textes des pages de droite. Des textes plus douloureux. Intimes. Lignes de failles sur lesquelles le poète a construit son regard et son désir de partage. Son choix de vie et de création s’enracine dans ces failles-là.
Les couleurs et les personnages d’Anne Lamali semblent s’étonner d’accompagner un tel parcours. Forcément comprendre que la joie et le désir de créer résultent d’un choix personnel peut surprendre aujourd’hui où tout semble dû…
Un superbe ensemble donc, plein de silences et qui ouvre en grand les yeux."
Préface de Jacques Fournier:
"Les Éphémères de Dan Bouchery, ce sont ces instants, ces instantanés nés d’une vie. Passé et présent mêlés, imbriqués, allers et retours pendulaires, l’un s’alimentant de l’autre, l’autre se construisant sur l’un.
On y croise les figures du père (Mon père aimait / Les cartes), des frères (Plus grands / Plus forts) et de la mère (Maman était une dame / Distinguée), mais aussi les visages-cailloux ramassés sur les plages normandes, la bête qui part à l’abattoir, Son meuglement / À travers le village, l’enfant puni au cachot (Les araignées / Me sont / Familières), le plaisir du bonbon qu’on déballe.
Soyons heureux que Dan Bouchery n’ait pas trouvé De / Gomme / Pour refaire / (S)a vie.
Nous n’aurions pas alors le plaisir de lire ces Ephémères qui sont ceux de toute vie, la sienne, mais aussi la nôtre.
Les douleurs de l’enfance (la Maman / Crabe, la punition, l’injustice, La corde / Au feu / Et l’enfance / Au milieu,…) ont construit l’adulte puisqu’Humiliation et Privation riment Avec / Rébellion.
Rébellion contre l’inhumaine humanité par une sensibilité à fleur de peau à la douleur et aux bonheurs des autres, qu’ils soient plantes (la mauvaise herbe qui sort - abomination ! - d’une plaque / D’égout) bêtes, cailloux (Je ne vois que des âmes) et… hommes (les textes du présent recueil s’inscrivent dans la lignée du précédent : C’est ça la ville, éd. Corps Puce). Rébellion par cette capacité à dire, à peindre* de mots simples la vie dans tous ses instants."
De Jean L’Anselme:
"Chère Dan,
J’ai reçu tes « Éphémères » qui sont loin d’y rester. Jacques dit tout comme toujours. Et il le dit mieux que nous. Pour ma part, je dirai tout bêtement que, avec toi, je suis sous le charme. Je me délecte. Ces petites choses décrites avec tant de simplicité coulent en vous comme de l’eau de source. On y est bien. Et combien sont beaux et mélancoliques ces retours du passé.
Ton découpage est un élément important pour ta poésie, c’est un peu comme si tu instillais un goutte à goutte à ton lecteur. Une sorte de transfusion.
Les illustrations sont remarquables, cette dame a un beau talent elle aussi.
Et quelle superbe composition, quelle belle mise en page, le maquettiste mérite aussi des bravos.
Tu seras fière plus tard de ce petit livre."
David Dumortier :
L’histoire de ma grand-mère, de Dan Bouchery, dessins de l’artiste, éditions Gros Textes. 70 pages. 9 euros.
Sous ce titre L’histoire de ma grand-mère, on s’attend à la narration de la vie d’une vieille femme, de la guerre et du temps qui passe. Que nenni ! Point de tout cela. Dan Bouchery n’écrit pas avec sa langue maternelle –qui sera toujours une langue ordinaire- mais avec la langue de la mémoire, la langue des méandres, très éloignée des lignes droites, artificielle, sortie du labyrinthe de l’inconscient. Du début à la fin, on est transporté par des contrepèteries, des mots tordus à la Pef, des jeux de mots à la Devos, des résonnances à la Jean-Claude Touzeil.
Avec un homme adipeux, ai-je plus de risque de tomber sur un mari peu causant ? Se demande l’aïeule… Nous entrons dans l’intimité des mots et de leurs proximités géographiques. La veille qui donne au pluriel l’éveil ou encore une cendre descendre. Et que dire de U.P. ? Comme ma tante ? Elle fait toujours des chichis.
Avec L’histoire de ma grand-mère, une grammairienne ne retrouverait pas ses petits, dit Jacques Fournier. De quoi aussi y perdre son Alphabébête. Un délice !
De Jacques Fournier:
"Étymologiquement parlant, un portrait de fantaisie est une œuvre créée sans modèle à imiter, née de la pure imagination de l’artiste. Au vrai, cette fantaisie-ci n’en est peut-être pas une : l’auteure est à n’en pas douter le modèle de son ascendante imaginaire. Dans sa tête, et dans sa bouche aussi, les mots pulsent, se bousculent, se chevauchent, s’entrechoquent, copulent jusqu’à plus faim, s’inversent, se substituent les uns aux autres (une grammarienne n’y retrouverait plus ses petits), fusent, pètent, feudartificent à tout va, explosent, perdent tout bon sens, s’affichent sans pudeur ni honte cul par dessus chemise, pour donner vie à une grand-mère d’anthologie.
Le jeu tout de fantaisie (au sens de liberté) de Lucienne Deschamps, qui s’est goulûment emparée du texte de Dan Bouchery, convient parfaitement à cette aïeule à nulle autre pareille.
Que ces trois-là vivent longtemps et plus encore !"
De Jean L’Anselme:
"J’ai pris le temps nécessaire pour me recueillir profondément sur les « souvenirs » d’une grand-mère fiction « un peu bizarre, un peu fêlée ». C’est un feu d’artifices de calembours et de jeux d’esprit organisé d’une façon inédite je crois. Cette histoire de grand-mère bizarre et ses compléments pédagogiques me fait penser à une tapisserie de Bayeux que tu aurais tissée et dans laquelle tu aurais incrusté mille paillettes insolites et chatoyantes. C’est une réussite qui mériterait incontestablement l’édition car c’est un tout bien ficelé. Quelques mots de moi en préambule ? Bien sûr, que pourrais-je te refuser même si, systématiquement, depuis des années, je refuse l’exercice. Mais, s’il s’agissait de le faire, je me garderais de l’analyse. D’abord, j’en serais incapable, ensuite je n’aime pas jouer au prof, à l’érudit. En revanche, je pourrais disserter sur ce plaisir des mots de faire des galipettes et des pieds de nez, à l’insu de leur plein gré en ajoutant que, dans cet exercice, tu es exemplaire."
Note de David Dumortier:
"Sous ce titre L’histoire de ma grand-mère, on s’attend à la narration de la vie d’une vieille femme, de la guerre et du temps qui passe. Que nenni ! Point de tout cela. Dan Bouchery n’écrit pas avec sa langue maternelle –qui sera toujours une langue ordinaire- mais avec la langue de la mémoire, la langue des méandres, très éloignée des lignes droites, artificielle, sortie du labyrinthe de l’inconscient. Du début à la fin, on est transporté par des contrepèteries, des mots tordus à la Pef, des jeux de mots à la Devos, des résonnances à la Jean-Claude Touzeil.
Avec un homme adipeux, ai-je plus de risque de tomber sur un mari peu causant ? Se demande l’aïeule… Nous entrons dans l’intimité des mots et de leurs proximités géographiques. La veille qui donne au pluriel l’éveil ou encore une cendre descendre. Et que dire de U.P. ? Comme ma tante ? Elle fait toujours des chichis.
Avec L’histoire de ma grand-mère, une grammairienne ne retrouverait pas ses petits, dit Jacques Fournier. De quoi aussi y perdre son Alphabébête. Un délice !"
Odile Bonneel, INTERCDI 227, sept-oct 2010:
"Grand-mère-humour-jeux de mots. C’est l’histoire d’une grand-mère loufoque « très bizarre, un peu fêlée ». Quand elle était jeune fille, devant le choix d’un métier : « Faut-il savoir taire un secret pour être secrétaire ?...Y a-t-il nécessité à saigner pour être enseignant ? » Puis les soupirants : « A un opticien, elle demanda quelles lunettes il conseillait pour les Ivoiriens ! » Le choix d’un mari, la guerre, la vie de couple, les enfants : » Il leur fallait un toit Sans toi, je ne serai jamais à l’abri ! » Dans l’appendice pédagogique : la leçon de géométrie (Que dites-vous de AB ? – C’est le copain du curé ! », la leçon masculin-féminin (le lac-la laque), singulier-pluriel (la colle-l’école) et la chanson de l’Inspectriste !
Vous l’aurez compris, les mots sont en folie, se culbutent, jouent à en perdre haleine. Ce livre fait l’objet d’une adaptation pour la scène avec Lucienne Deschamps de la compagnie Vive Voix. Illustrations en couleur de l’auteure qui est aussi plasticienne, un peu dans le style Miro."
De Jean-Pierre Verhegghen:
"Ma Bouchérie, l’histoire de la Grand-mère –histoire de mots, de bons mots – histoire de ta « Grande Momot » m’a beaucoup réjoui. La leçon de vocabulaire entre autre m’a émerveillé. Des mots né au wapiti (qui vient en mangeant). Je pense – très sincèrement !- qu’il faudrait conseiller de tels manuscrits à des maisons d’édition jeunesse. Voir la percée d’un Yak Rivais dans ce domaine. Penses-y et salue ton grand homme."
Croquis urbains, Corps Puce, 2007,
"Elle s’est perdue / Sur le grand parking / Du grand magasin / Sur le parking gigantesque / Aux allées toutes pareilles."
Extrait de la préface proposée par Bernard Mazo:
"…Par quel miracle, et avec si peu de mots, une telle économie de moyens Dan Bouchery parvient-elle à nous émouvoir au plus profond de nous-mêmes ? Ces croquis urbains, sous-titre du recueil, me font songer à ces instants furtifs du monde urbain qu’un Robert Doisneau savait capter pour l’éternité, mais chez Dan Bouchery c’est un monde urbain déshumanisé, qu’elle décrit avec le filtre d’une impalpable tristesse, d’une sombre et muette désespérance. Nous ne sommes que des ombres sans visage, errant entre les murs de béton, les paysages sinistres des hyper marchés…."
De Jean L’Anselme:
"Ton livre est déjà un joli petit objet et, quand on soulève le couvercle, on n’est pas déçu. Il se présente comme un carnet de route bourré d’observations, de petits faits, de petites choses. C’est une vaste observation du quotidien. Tu photographies des instants, des individus que tu vois de l’intérieur au hasard des rencontres. Car tu marches, tu marches toujours, tu es toujours en mouvement.
Tes escargots ne sont pas absents de tes préoccupations, ni les papillons, ni les oiseaux. Tout ce qui t’est cher et sensible circule dans un écrit coupé au hachoir ce qui donne à ton récit une forme lapidaire. Beaucoup d’auteurs écrivent des livres qui leur sont étrangers. Ici, quand on t’a lue on te connaît. Tu as la poésie dans la tripe et je te vois la défendre dans beaucoup de lieux ce qui va te donner d’autres sujets de poèmes puisque tu écris dans tes déambulations."
DAN BOUCHERY, LA POÉSIE DEBOUT
Comment, dès que nous commençons à lire La charrette des jours, ne pas être surpris par ces longues séquences de vers de quelques syllabes qui ne semblent pas vouloir prendre de repos ? Le rythme ne procède que par saccades, « par lambeaux », mais lorsque nous croyons qu’il se brise, il repart, le souffle est court, haletant, il est d’autant plus tenace. Ce que lui demande Dan Bouchery correspond à un besoin, vital, d’apprendre à respirer enfin, de se redresser, et donc de se délivrer.
Elle suffoque d’abord, elle n’avance que pas à pas, la charrette est trop lourde, en effet, pleine de souvenirs douloureux. Elle les évoquera tous ou plutôt elle les arrachera un à un comme on retire des échardes. La tâche est constamment difficile, puisque la peur s’est inscrite en elle, liée au sentiment de la faute qui lui a été depuis l’enfance infligé. Mais volontaire, elle se « bat », se débat, exorcise. C’est sa manière de « résister », dit-elle, de « Défier / L’ordre / Établi », celui des « règles » et des « principes » « mortifères » et de «créer » ainsi des « fissures » au moins par lesquelles la vie affluera, se ré-enchantera. Peu à peu nous l’accompagnons dans son mouvement : les différentes parties de son livre, elle les appelle très justement des « passages ».
Et le langage en apparence morcelé qui est le sien sera la plus efficace des aides. L’auteur de La Charrette des jours ne s’en prend qu’aux conventions : il y a un ordre des mots qui ressemble à l’ordre établi. Au développement Dan Bouchery préfère ce mouvement qui par à-coups soulève le poème, qui réveille la conscience. À la fois elle s’y abandonne et elle gagne en lucidité, en vivacité. À vrai dire, elle l’affirme à plusieurs reprises, elle a toujours aimé les mots, elle s’y « accroche », eux seuls dans nos existences en proie aux illusions sont « fidèles », et ce n’est pas une illusion de plus de croire qu’ils peuvent nous permettre de « reprendre confiance », de « reconnaître » notre identité. « Je coule / La poésie m’a / Rattrapée. »
Tout le livre en témoigne, qui est une reconquête de soi. Dan Bouchery dit je, mais ce je a une portée générale : « Mes problèmes / Ne sont pas les miens. » Ce qu’elle avoue, ce qu’elle découvre s’adresse à nous au plus intime. En se débarrassant de l’ego, notre pire entrave, elle met au monde. Il faut relire les pages généreuses qu’elle consacre à ses enfants, et tant d’autres où elle parle, par exemple, de ses « sœurs », les bêtes. Quand Dan Bouchery abandonnera sa charrette, quand elle dira oui à « l’air du large », elle ne l’oubliera pas : je voudrais citer pour elle Jean Malrieu, la vie, la vie nue, est « un trésor de pauvre». La force qu’elle communique nous ouvre la « patrie » des poèmes et, serait-ce en vacillant, nous nous tenons « debout ».
PIERRE DHAINAUT
poèmes et illustrations de l’auteure, l’épi de seigle 2003
Quelques lettres ont paru dans "L’alphabet des poètes", éd Rue du monde, 2005 et "Facettes", CE1 Hatier, 2008
"a / est / très fatigué / il bâââille / c’est dur/ d’être / le premier/ d’une longue / série/ de 26 lettres"
Article de Michel Voiturier, Le courrier de l’Escaut, 4 novembre 2003:
"Dan Bouchery - Son Alphabet en cortège, illustré par elle-même, est des plus réjouissants. Chaque lettre a droit à son poème. La prononciation, la graphie, les homonymies servent de base à des notules enlevées. Le tout est prolongé par des pistes pédagogiques.
Les sonorités et les analogies visuelles permettent une fantaisie qui avait déjà inspiré un Victor Hugo ou un Paul-Louis Courier. Elles sont ici allègres, jouant aussi avec les mots. Et, mine de rien, des textes y vont de leur vision de vie qui permet un peu de réflexion : sur la haine, les étrangers, la vanité, l’agressivité."
texte et collages de l’auteure, éd La Renarde rouge, 2009
"Le poète entre sur la piste et devient tour à tour jongleur, clown, trapéziste. Il est amoureux de l’écuyère. Mais devant une musique militaire, il refuse de marcher au pas. Il dit qu’il ne sait pas."
2001, poèmes et illustrations de l’auteure, éd l’épi de seigle, 10X30, épuisé
"Je sieste pour les autres / qui courent autour de moi / en me disant souvent / le plus heureux c’est moi !"
1990, autoédité. Pour jeunes de 4 à 7ans
Pistes d'exploitation pour chaque couleurs
Bleu et Vert ont paru dans Education enfantine-N°1 septembre 1998
"Le marron / a raison / d’être rond ! / Il a l’air / d’un bouton / d’un bonbon, / d’un ballon…/ Mais moi, / je le préfère / en chocolat!"
2002, autoédité, 10,5X16, adulte
"Ste Barbe, patronne des raseurs / St Guy, patron des danseurs / St Ignace, patron des chauves"
Moue de Veau n° 1074, 1998, éd S.U.E.L, Isbergues (62)
éd l’épi de seigle N°1 2005, épuisé
Une syntonie (l’état de deux systèmes oscillant à la même fréquence), mot trouvé dans le dictionnaire pour nommer de petits dessins au trait accompagnés de la première pensée qui me venait à l’esprit en les regardant. Rien d’intellectuel.
Note de Gilles Brulet, 2005:
"…Syntonies est une réussite aussi. Les non poètes et les intelligents pourraient croire l’ensemble un peu simpliste et superficiel alors qu’il est tout le contraire, d’une profondeur que souvent les enfants trouvent spontanément. Les textes et images sont touchants et forts. L’oiseau-lyre me fait penser au poète Joë Bousquet qui lui aussi portait un œuf (la poésie) et n’avait plus de pattes…et voyageait si loin pourtant sur sa musique à lui."
SON JARDIN BLEU
SON JARDIN BLEU
Art brut. Dan Bouchery, artiste et poète, écrit sur le patrimoine du Pays d’Auge : La Maison Bleue d’Euclides Ferrera da Costa, humble ouvrier émigré (1902-1984) à Dives-sur-Mer. Cette œuvre est un jardin construit d’édifices d’inspiration religieuse, recouverts de mosaïques issues de faïence, porcelaine, verre, collectés dans des décharges. Dominante de la couleur bleue et influence de la culture populaire portugaise. Une œuvre d’art brut : du beau avec du rebut. « Gratter/Récupérer/Créer », « Tu arraches/Aux débris de cette/Terre/ Des éclats de/Lumière ». Dan Bouchery met en mots l’élan créateur, le mystère, réfléchit sur la place de l’artiste dans le monde, le partage de l’artiste avec tous. Un regard aiguisé et confiant, une poésie sensible et universelle. Un bel hommage : « Chaque trouvaille est belle/Belle de l’humanité/Que tu lui as insufflée ». La préface pleine de gouaille s’adresse aux adultes, les poèmes simples et efficaces peuvent être lus dès le collège. Touch’d’Auge éditions, 22 rue de la Libération, 14950 Beaumont-en-Auge
Odile BONNEEL
Sous la forme d'un alphabet, 26 lettres, 26 bêtes pour dire les qualités que les bêtes possèdent et que les humains ont perdu.
Extrait :
Le loup a été créé pour apprendre à l’homme la liberté.
L’homme en est devenu si friand qu’il la veut pour lui seul.
8 poèmes aigres-doux auto-édités, rassemblés sous un titre jeu-de-mots, sous les chapitres Déroute/Bonheur/Fermer/L'amour/L'empreinte/Le poster/L'absence/Festive/.Point de vue d'une femme dira la gente féminine. C'est vrai le point de vue des femmes est forcément partial.
Recueil de 14 poèmes auto-édités en 1989. Ils ont pour titre : Elle/L'être/Désert/L'écorché/Désespoir/Peurs/L'étant/Angoisse/
L'écrit vin/La larme/Verbe/Plume-Art/Vous/Souffle/
N'être est aussi naître. Avouer ne pas exister permet-il de venir au monde ? C'est du moins le premier pas en écriture qui m'a permis de m'exprimer et de prendre assise sur cette terre. J'avais déjà 45 ans. J'avais réalisé une première maquette en affichant le nom de ma mère. Mon spy m'a dit : est-ce là votre nom ? J'avais honte d'afficher le mien. J'ai bien progressé depuis.
Extraits :
Comment ne pas mourir/Sans regard et sans mots/ Quand on a tout à dire/Et personne en écho/
Je voudrais m'enrouler/Dans tout ce qui est moi/Pour ne plus éprouver/Au fond que de l'émoi/
Recueil disponible en librairie aux éditions UNICITÉ